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Citations

« Pour nous qui vivons aujourd’hui, le grand de ce qui est à penser est trop grand. Nous pouvons peut-être nous mettre en peine d’un passage : bâtir des chemins étroits, n’allant pas loin. »

— Martin Heidegger, Réponses et questions sur l’histoire et la politique [Entretien avec Der Spiegel] (23 septembre 1966), trad. Jean Launay, éd. Mercure de France, 1988, p. 74-75


« Je pense à la parenté particulière qui est à l’intérieur de la langue allemande avec la langue des Grecs et leur pensée. C’est une chose que les Français aujourd’hui me confirment sans cesse. Quand ils commencent à penser, ils parlent allemand : ils assurent qu’ils n’y arriveraient pas dans leur langue. [...] On ferait bien de prendre ce malaise au sérieux sur une vaste échelle et de réfléchir enfin à toutes les conséquences de la transformation qu’a subie la pensée grecque quand elle a été traduit dans le latin de Rome, un événement qui aujourd’hui encore nous interdit l’accès dont nous aurions besoin pour penser fidèlement les mots fondamentaux de la pensée grecque. »

— Martin Heidegger, Réponses et questions sur l’histoire et la politique [Entretien avec Der Spiegel] (23 septembre 1966), trad. Jean Launay, éd. Mercure de France, 1988, p. 66-68


« Et qui parmi nous pourrait affirmer qu’un jour en Russie et en Chine ne s’éveilleront pas de très anciennes traditions d’une “pensée”, qui contribueront à rendre possible à l’homme une libre relation avec le monde technique ? »

— Martin Heidegger, Réponses et questions sur l’histoire et la politique [Entretien avec Der Spiegel] (23 septembre 1966), trad. Jean Launay, éd. Mercure de France, 1988, p. 62


« [...] le mode de pensée de la tradition métaphysique qui s’est achevée avec Nietzsche n’offre plus de possibilité pour la pensée d’apprendre ce que sont les traits fondamentaux de l’âge technique qui ne fait que commencer. »

— Martin Heidegger, Réponses et questions sur l’histoire et la politique [Entretien avec Der Spiegel] (23 septembre 1966), trad. Jean Launay, éd. Mercure de France, 1988, p. 56


« [...] la philosophie ne pourra pas produire d’effet immédiat qui change l’état présent du monde. Cela ne vaut pas seulement pour la philosophie, mais pour tout ce qui n’est que préoccupations et aspirations du côté de l’homme. Seulement un dieu peut encore nous sauver. Il nous reste pour seule possibilité de préparer dans la pensée et la poésie une disponibilité pour l’apparition du dieu ou pour l’absence du dieu dans notre déclin ; que nous déclinions à la face du dieu absent. »

— Martin Heidegger, Réponses et questions sur l’histoire et la politique [Entretien avec Der Spiegel] (23 septembre 1966), trad. Jean Launay, éd. Mercure de France, 1988, p. 48-49


« D’après notre expérience et notre histoire humaines, pour autant que je sois au courant, je sais que toute chose essentielle et grande a pu seulement naître du fait que l’homme avait une patrie et qu’il était enraciné dans une tradition. La littérature d’aujourd’hui, par exemple, est largement destructive. »

— Martin Heidegger, Réponses et questions sur l’histoire et la politique [Entretien avec Der Spiegel] (23 septembre 1966), trad. Jean Launay, éd. Mercure de France, 1988, p. 47


« Nous n’avons plus besoin de bombe atomique, le déracinement de l’homme est déjà là. Nous ne vivons plus que des conditions techniques. Ce n’est plus une terre sur laquelle l’homme vit aujourd’hui. »

— Martin Heidegger, Réponses et questions sur l’histoire et la politique [Entretien avec Der Spiegel] (23 septembre 1966), trad. Jean Launay, éd. Mercure de France, 1988, p. 45-46


« La technique dans son être est quelque chose que l’homme de lui-même ne maîtrise pas. [...] la technique moderne n’est pas un “outil” et n’a plus rien à voir avec des outils. »

— Martin Heidegger, Réponses et questions sur l’histoire et la politique [Entretien avec Der Spiegel] (23 septembre 1966), trad. Jean Launay, éd. Mercure de France, 1988, p. 43-44


« C’est pour moi aujourd’hui une question décisive de savoir comment on peut faire correspondre en général un système politique à l’âge technique et quel système ce pourrait être. Je ne sais pas de réponse à cette question. Je ne suis pas persuadé que ce soit la démocratie. »

— Martin Heidegger, Réponses et questions sur l’histoire et la politique [Entretien avec Der Spiegel] (23 septembre 1966), trad. Jean Launay, éd. Mercure de France, 1988, p. 42


« [...] la mort n’est pas la fin du possible, mais elle est l’Abri suprême (la mise à l’abri qui rassemble) où réside le secret du dévoilement qui nous rappelle. »

— Martin Heidegger, « Moïra » (1951-1952), dans Essais et conférences (1954), trad. André Préau, éd. Gallimard, coll. « Tel », 2017 (ISBN 9782070222209), p. 310


« L’homme se comporte comme s’il était le créateur et le maître du langage, alors que c’est celui-ci au contraire qui est et demeure son souverain. Quand ce rapport de souveraineté se renverse, d’étranges machinations viennent à l’esprit de l’homme. Le langage devient un moyen d’expression. En tant qu’expression, le langage peut tomber au niveau d’un simple moyen de pression. Il est bon que même dans une pareille utilisation du langage, on soigne encore son parler ; mais ce soin, à lui seul, ne nous aidera jamais à remédier au renversement du vrai rapport de souveraineté entre le langage et l’homme. Car, au sens propre des termes, c’est le langage qui parle. L’homme parle seulement pour autant qu’il répond au langage en écoutant ce qu’il dit. »

— Martin Heidegger, « ... L’homme habite en poète... » (1951), dans Essais et conférences (1954), trad. André Préau, éd. Gallimard, coll. « Tel », 2017 (ISBN 9782070222209), p. 227-228


« C’est seulement quand nous pouvons habiter que nous pouvons construire.

[...] habiter est le trait fondamental de l’être en conformité duquel les mortels sont. [...]

La véritable crise de l’habitation réside en ceci que les mortels en sont toujours à chercher l’être de l’habitation et qu’il leur faut d’abord apprendre à habiter. »

— Martin Heidegger, « Bâtir, habiter, penser » (5 août 1951), dans Essais et conférences (1954), trad. André Préau, éd. Gallimard, coll. « Tel », 2017 (ISBN 9782070222209), p. 192-193


« On cite souvent une phrase de Max Planck : “Est réel ce qu’on peut mesurer.” [...] nous ne devons pas entendre ce terme au sens rétréci d’opérations faites sur des nombres. Au sens large et essentiel, calculer veut dire : compter avec une chose, c’est-à-dire la prendre en considération, compter sur elle. De cette manière toute objectivation du réel est un calcul. »

— Martin Heidegger, « Science et méditation » (1953), dans Essais et conférences (1954), trad. André Préau, éd. Gallimard, coll. « Tel », 2017 (ISBN 9782070222209), p. 64-65


« L’homme est sur le point de se jeter sur la terre tout entière et sur son atmosphère, d’usurper et de s’attacher, sous forme de “forces”, le règne secret de la nature, et de soumettre le cours de l’histoire à la planification et à l’ordonnance d’un gouvernement planétaire. Ce même “homme révolté” est hors d’état de dire en toute simplicité ce qui est, de dire ce que cela est, qu’une chose soit.

L’entier de l’étant est devenu l’unique objet d’une unique volonté de conquête. La simplicité de l’être est ensevelie en un seul et unique oubli.

Quel mortel se sentirait de force pour penser à fond l’abîme de ce désarroi ? On peut bien essayer, devant cet abîme, de fermer les yeux. On peut ériger trompe-l’œil après trompe-l’œil, l’un derrière l’autre. L’abîme est toujours là.

Les théories de la nature, les doctrines de l’histoire ne délient pas le désarroi. Elles embrouillent tout irrémédiablement, car elles se nourrissent de la confusion qui plane sur la différence entre être et étant.

Est-il un salut ? Seulement si le péril est. Le péril est lorsque l’être même va à l’ultime et retourne l’oubli qui provient de lui-même.

Or quoi, si l’être, en son déploiement, maintient l’essence de l’homme ? Si l’essence de l’homme repose dans le penser de la vérité de l’être ?

Alors la pensée doit prendre dictée à la ruche de l’être. Elle fait entrer l’aube du pensé dans la proximité de son énigme. »

— Martin Heidegger, Chemins qui ne mènent nulle part (1950), trad. Wolfgang Brokmeier, éd. Gallimard, coll. « Tel », 2016 (ISBN 9782070705627), Pourquoi des poètes ?, p. 448-449


« Serions-nous à la veille de la plus énorme transformation du site terrestre tout entier, ainsi que du temps de l’espace historial où il est suspendu ? Serions-nous à la veille d’une nuit pour un nouveau matin ? Serions-nous sur le point d’entrer dans la terre historiale de ce crépuscule de la terre ? Le pays du couchant ne serait-il que sur le point d’advenir ? Cette Hespérie deviendra-t-elle, par dessus Orient et Occident, à travers l’européen, le lieu de l’histoire future plus initialement destinée ? Et nous, ceux d’aujourd’hui, somme-nous déjà hespériens dans ce sens qui n’éclôt que par notre passage dans la nuit du monde ? Que nous importent toutes les philosophies de l’histoire seulement historisantes, puisqu’elles ne font que briller avec leurs synoptiques rassemblés scientifiquement, puisqu’elles expliquent l’histoire sans jamais penser les fondements de leurs principes d’explication à partir de l’histoire en son déploiement, et celle-ci à partir de l’être lui-même ? Sommes-nous les tardifs que nous sommes ? Mais sommes-nous du même coup ceux qui précèdent l’aurore d’un tout autre âge du monde, qui a laissé loin derrière lui toutes nos représentations historisantes de l’histoire ? »

— Martin Heidegger, Chemins qui ne mènent nulle part (1950), trad. Wolfgang Brokmeier, éd. Gallimard, coll. « Tel », 2016 (ISBN 9782070705627), Pourquoi des poètes ?, p. 392-393


« Dans l’âge de la nuit du monde, l’abîme du monde doit être éprouvé et enduré. Or, pour cela, il faut qu’il y ait certains qui atteignent à l’abîme. [...]

Long est le temps de détresse de la nuit du monde. »

— Martin Heidegger, Chemins qui ne mènent nulle part (1950), trad. Wolfgang Brokmeier, éd. Gallimard, coll. « Tel », 2016 (ISBN 9782070705627), Pourquoi des poètes ?, p. 324-325


« Le nihilisme est bien plutôt, pensé en son essence, le mouvement fondamental de l’Histoire de l’Occident. Il manifeste une telle importance de profondeur que son déploiement ne saurait entraîner autre chose que des catastrophes mondiales. Le nihilisme est, dans l’histoire du monde, le mouvement qui précipite les peuples de la terre dans la sphère de puissance des Temps Modernes. »

— Martin Heidegger, Chemins qui ne mènent nulle part (1950), trad. Wolfgang Brokmeier, éd. Gallimard, coll. « Tel », 2016 (ISBN 9782070705627), Pourquoi des poètes ?, p. 263-264


« Ce n’est que parce que — et dans la mesure où — l’homme est devenu, de façon insigne et essentielle, sujet, que par la suite doit se poser pour lui la question expresse de savoir s’il veut, et doit être un Je réduit à sa gratuité et lâché dans son arbitraire, ou bien un Nous de la Société ; s’il veut et doit être une personne dans le cadre de la communauté, ou bien être un simple membre du groupe dans le cadre d’un “corps constitué” ; s’il veut et doit exister comme État, Nation et Peuple, ou bien comme Humanité générale de l’homme moderne ; s’il veut et doit être le Sujet qu’en tant qu’être moderne, il est déjà. Ce n’est que là où l’homme est déjà, par essence, sujet, qu’est donnée la possibilité de l’aberration dans l’inessentiel du subjectivisme au sens de l’individualisme. Mais ce n’est également que là où l’homme reste sujet que la lutte expresse contre l’individualisme et pour la communauté en tant que champ et but de tout effort et de toute espèce d’utilité a seulement un sens. »

— Martin Heidegger, Chemins qui ne mènent nulle part (1950), trad. Wolfgang Brokmeier, éd. Gallimard, coll. « Tel », 2016 (ISBN 9782070705627), Pourquoi des poètes ?, p. 121


« L’Histoire, c’est l’éveil d’un peuple à ce qu’il lui est donné d’accomplir, comme insertion de ce peuple dans son propre héritage. »

— Martin Heidegger, Chemins qui ne mènent nulle part (1950), trad. Wolfgang Brokmeier, éd. Gallimard, coll. « Tel », 2016 (ISBN 9782070705627), Pourquoi des poètes ?, p. 87


« [...] l’industrie a déjà commencé de s’affairer autour des œuvres. La scrupuleuse transmission des œuvres à travers les siècles, les efforts scientifiques tentés pour leur récupération, tout cela ne peut plus jamais atteindre l’être-œuvre lui-même et n’arrive qu’à en conserver le souvenir. »

— Martin Heidegger, Chemins qui ne mènent nulle part (1950), trad. Wolfgang Brokmeier, éd. Gallimard, coll. « Tel », 2016 (ISBN 9782070705627), Pourquoi des poètes ?, p. 77


« La terre ne surgit à travers le monde, le monde ne se fonde sur la terre que dans la mesure où la vérité advient comme le combat originel entre éclaircie et réserve. Mais comment la vérité advient-elle ? Réponse : elle advient en quelques rares modes essentiels. Un des modes dans lesquels la vérité se déploie, c’est l’être-œuvre de l’œuvre. Installant un monde et faisant venir la terre, l’œuvre est la bataille où est conquise la venue au jour de l’étant dans sa totalité, c’est-à-dire la vérité. »

— Martin Heidegger, Chemins qui ne mènent nulle part (1950), trad. Wolfgang Brokmeier, éd. Gallimard, coll. « Tel », 2016 (ISBN 9782070705627), L’origine de l’œuvre d’art, p. 61


« Dans l’œuvre d’art, la vérité de l’étant s’est mise en œuvre. L’art est la mise en œuvre de la vérité. »

— Martin Heidegger, Chemins qui ne mènent nulle part (1950), trad. Wolfgang Brokmeier, éd. Gallimard, coll. « Tel », 2016 (ISBN 9782070705627), L’origine de l’œuvre d’art, p. 41


« Dans l’obscure intimité du creux de la chaussure est inscrite la fatigue des pas du labeur. Dans la rude et solide pesanteur du soulier est affermie la lente et opiniâtre foulée à travers champs, le long des sillons toujours semblables, s’étendant au loin sous la bise. Le cuir est marqué par la terre grasse et humide. Par-dessous les semelles s’étend la solitude du chemin de campagne qui se perd dans le soir. À travers ces chaussures passe l’appel silencieux de la terre, son don tacite du grain mûrissant, son secret refus d’elle-même dans l’aride jachère du champ hivernal. À travers ce produit repasse la muette inquiétude pour la sûreté du pain, la joie silencieuse de survivre à nouveau au besoin, l’angoisse de la naissance imminente, le frémissement sous la mort qui menace. Ce produit appartient à la terre, et il est à l'abri dans le monde de la paysanne. Au sein de cette appartenance protégée, le produit repose en lui-même. »

— Martin Heidegger, Chemins qui ne mènent nulle part (1950), trad. Wolfgang Brokmeier, éd. Gallimard, coll. « Tel », 2016 (ISBN 9782070705627), L’origine de l’œuvre d’art, p. 34


« Cet “humanisme” qui s’érige contre tout humanisme antérieur, sans pour autant se faire le moins du monde le porte-parole de l’inhumain, faut-il l’appeler encore “humanisme” ? [...] l’opposition à l’“humanisme” n’implique aucunement la défense de l’inhumain, mais ouvre au contraire d’autres échappées, c’est ce qu’on pourrait établir en peu de mots. »

— Martin Heidegger, « Lettre sur l’humanisme » (1947), dans Questions III et IV, trad. Roger Munier, éd. Gallimard, coll. « Tel », 1990 (ISBN 9782070721306), p. 105-108


« Tout nationalisme est, sur le plan métaphysique, un anthropologisme et comme tel un subjectivisme. Le nationalisme n’est pas surmonté par le pur internationalisme, mais seulement élargi et érigé en système. Il accède aussi peu par là même à l’humanitas et s’achève aussi peu en elle que l’individualisme n’y parvient dans le collectivisme sans histoire. »

— Martin Heidegger, « Lettre sur l’humanisme » (1947), dans Questions III et IV, trad. Roger Munier, éd. Gallimard, coll. « Tel », 1990 (ISBN 9782070721306), p. 100-101


« On peut prendre position de différentes manières vis-à-vis des enseignements du communisme et de ce qui les fonde ; sur le plan de l’histoire de l’Être, il est certain qu’en lui s’exprime une expérience élémentaire du devenir historique du monde. Ne voir dans le “communisme” qu’un “parti” ou une “conception du monde”, c’est penser aussi court que ceux qui sous l’étiquette d’“américanisme” ne veulent désigner, et qui plus est en le dépréciant, qu’un style de vie particulier. Le danger auquel l’Europe actuelle se trouve toujours plus manifestement, consiste probablement avant tout en ce que sa pensée, qui était autrefois sa grandeur, recule sur le chemin essentiel du destin mondial qui s’annonce, destin qui demeure pourtant européen dans les traits fondamentaux de sa provenance essentielle. Aucune métaphysique, qu’elle soit idéaliste, matérialiste ou chrétienne, ne peut, selon son essence, ni en vertu des seuls efforts qu’elle tente pour se déployer, re-joindre encore le destin ; j’entends : atteindre et rassembler dans la pensée ce qui de l’Être est actuellement accompli. »

— Martin Heidegger, « Lettre sur l’humanisme » (1947), dans Questions III et IV, trad. Roger Munier, éd. Gallimard, coll. « Tel », 1990 (ISBN 9782070721306), p. 100


« [...] le langage tombe au service de la fonction médiatrice des moyens d’échange, grâce auxquels l’objectivation, en tant que ce qui rend uniformément accessible tout à tous, peut s’étendre au mépris de toute frontière. Le langage tombe ainsi sous la dictature de la publicité. Celle-ci décide d’avance de ce qui est compréhensible, et de ce qui, étant incompréhensible, doit être rejeté. »

— Martin Heidegger, « Lettre sur l’humanisme » (1947), dans Questions III et IV, trad. Roger Munier, éd. Gallimard, coll. « Tel », 1990 (ISBN 9782070721306), p. 72-73


« Les valeurs de civilisation ne s’assurent une signification, dans l’ensemble d’une civilisation, que parce qu’elles se bornent à leur propre validation ; d’où l’art pour l’art et la science pour la science. »

— Martin Heidegger, Introduction à la métaphysique (1935), trad. Gilbert Kahn, éd. Gallimard, coll. « Tel », 1998 (ISBN 9782070204199), p. 59


« Le fait que la formation de la grammaire occidentale soit due à la réflexion grecque sur la langue grecque donne à ce processus toute sa signification. Car cette langue est, avec l’allemande, au point de vue des possibilités du penser à la fois la plus puissante de toutes et celle qui est le plus la langue de l’esprit. »

— Martin Heidegger, Introduction à la métaphysique (1935), trad. Gilbert Kahn, éd. Gallimard, coll. « Tel », 1998 (ISBN 9782070204199), p. 67


« La gloire n’est pas pour les Grecs quelque chose qu’on reçoive ou non par-dessus le marché ; elle est la manifestation de l’être le plus haut. Pour les hommes d’aujourd’hui la gloire n’est plus depuis longtemps que la célébrité, et par suite quelque chose de très douteux, un acquêt jeté et distribué ici et là par les journaux et la radio — presque le contraire de l’être. »

— Martin Heidegger, Introduction à la métaphysique (1935), trad. Gilbert Kahn, éd. Gallimard, coll. « Tel », 1998 (ISBN 9782070204199), p. 111


« Nous voulons comprendre la scission “être et penser” dans son origine. Elle est la formule qui répond à l’attitude fondamentale de l’esprit occidental. Il s’ensuit que l’être se détermine à partir de l’horizon du penser et de la raison. Et cela tout autant lorsque l’esprit occidental se soustrait à la domination de la raison, en voulant l’“irrationnel” et en recherchant l’“alogique”. »

— Martin Heidegger, Introduction à la métaphysique (1935), trad. Gilbert Kahn, éd. Gallimard, coll. « Tel », 1998 (ISBN 9782070204199), p. 152


« Toutes choses sont tombées au même niveau, qui est semblable à la surface ternie d’un miroir qui n’est plus réfléchissant, qui ne renvoie plus rien. La dimension prédominante est devenue celle de l’extension et du nombre. [...] Tout cela s’est accentué ensuite, en Amérique et en Russie, jusqu’à atteindre l’ainsi-de-suite sans bornes de ce qui est toujours identique et indifférent, cela au point que ce quantitatif s’est transformé en une qualité spécifique. Désormais la prédominance d’un niveau moyen où tout est égal et indifférent n’est plus là-bas une chose sans importance et un simple vide désolant, elle signifie l’invasion de ce qui, par ses attaques, détruit, et fait passer pour un mensonge, tout ce qui a de la grandeur et toute mentalité engagée dans quelque chose comme un monde (das welthaft Geistige). C’est l’invasion de ce que nous appelons le démoniaque (au sens de la malveillance dévastatrice). La montée de cette démonie, coïncidant avec le désarroi et l’insécurité croissants de l’Europe en face de cette démonie et en elle-même, se manifeste de façons multiples. »

— Martin Heidegger, Introduction à la métaphysique (1935), trad. Gilbert Kahn, éd. Gallimard, coll. « Tel », 1998 (ISBN 9782070204199), p. 57


„[...] alles ist überschwemmt von Juden und Schiebern.

— Martin Heidegger, Brief an seine Frau Elfride Heidegger, 12. August 1920

« [...] tout est submergé par les Juifs et les trafiquants. »
— Martin Heidegger, Lettre à sa femme Elfride Heidegger, 12 août 1920


Die Verjudung unsrer Kultur u. Universitäten ist allerdings schreckerregend u. ich meine die deutsche Rasse sollte noch soviel innere Kraft aufbringen um in die Höhe zu kommen. Allerdings das Kapital!“

— Martin Heidegger, Brief an seine Verlobte Elfride Petri, 18. Oktober 1916

« L’enjuivement de notre culture et de nos universités est assurément effrayant et je pense que la race allemande devrait rassembler assez de force intérieure pour parvenir au sommet. Voilà bien le Capital ! »
— Martin Heidegger, Lettre à sa fiancée Elfride Petri, 18 octobre 1916
Edmund Husserl et Martin Heidegger, St. Märgen, 1921
Werner Heisenberg, Ernst Jünger et Martin Heidegger
Martin Heidegger et José Ortega y Gasset, Darmstadt, août 1951
José Ortega y Gasset et Martin Heidegger, Darmstadt, août 1951

Textes

Bibliographie

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