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Citations

« [...] la tradition primordiale [...] n’est ni orientale ni occidentale [...]. »

— René Guénon, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps (1945), éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 2015 (ISBN 9782070149414), p. 258


« Le cas de Freud lui-même, le fondateur de la “psychanalyse”, est tout à fait typique à ce point de vue car il n’a jamais cessé de se proclamer matérialiste. — Une remarque en passant : pourquoi les principaux représentants des tendances nouvelles, comme Einstein en physique, Bergson en philosophie, Freud en psychologie, et bien d’autres encore de moindre importance, sont-ils à peu près tous d’origine juive, sinon parce qu’il y a là quelque chose qui correspond exactement au côté “maléfique” et dissolvant du nomadisme dévié, lequel prédomine inévitablement chez les Juifs détachés de leur tradition ? »

— René Guénon, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps (1945), éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 2015 (ISBN 9782070149414), p. 236


« C’est pourquoi le nomadisme, sous son aspect “maléfique” et dévié, exerce facilement une action “dissolvante” sur tout ce avec quoi il entre en contact ; de son côté, le sédentarisme, sous le même aspect, ne peut mener en définitive qu’aux formes les plus grossières d’un matérialisme sans issue. »

— René Guénon, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps (1945), éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 2015 (ISBN 9782070149414), p. 160


« Ainsi, les sédentaires créent les arts plastiques (architecture, sculpture, peinture), c’est-à-dire les arts des formes qui se déploient dans l’espace ; les nomades créent les arts phonétiques (musique, poésie), c’est-à-dire les arts des formes qui se déroulent dans le temps [...]. »

— René Guénon, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps (1945), éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 2015 (ISBN 9782070149414), p. 159


« L’activité des nomades s’exerce spécialement sur le règne animal, mobile comme eux ; celle des sédentaires prend au contraire pour objets directs les deux règnes fixes, le végétal et le minéral. D’autre part, par la force des choses, les sédentaires en arrivent à se constituer des symboles visuels, images faites de diverses substances mais qui, au point de vue de leur signification essentielle, se ramènent toujours plus ou moins directement au schématisme géométrique, origine et base de toute formation spatiale. Les nomades, par contre, à qui les images sont interdites comme tout ce qui tendrait à les attacher en un lieu déterminé, se constituent des symboles sonores, seuls compatibles avec leur état de continuelle migration. »

— René Guénon, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps (1945), éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 2015 (ISBN 9782070149414), p. 158


« Israël cessa d’être nomade, tout au moins pour plusieurs siècles, c’est-à-dire jusqu’au temps de David et de Salomon et l’on sait que pour construire le Temple de Jérusalem il fallut encore faire appel à des ouvriers étrangers. »

— René Guénon, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps (1945), éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 2015 (ISBN 9782070149414), p. 157


« C’est encore là un aspect particulier de la “solidification” : dans un tel monde, il n’y a plus de place pour les peuples nomades qui jusqu’ici subsistaient encore dans des conditions diverses, car ils en arrivent peu à peu à ne plus trouver devant eux aucun espace libre, et d’ailleurs on s’efforce par tous les moyens de les amener à la vie sédentaire [...]. »

— René Guénon, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps (1945), éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 2015 (ISBN 9782070149414), p. 155


« [...] il n’est que trop facile de constater partout, à notre époque, des faits symptomatiques tels que, par exemple, la manie des recensements (qui du reste se relie directement à l’importance attribuée aux statistiques), et d’une façon générale, la multiplication incessante des interventions administratives dans toutes les circonstances de la vie, interventions qui doivent naturellement avoir pour effet d’assurer une uniformité aussi complète que possible entre les individus, d’autant plus que c’est en quelque sorte un “principe” de toute administration moderne de traiter ces individus comme de simples unités numériques toutes semblables entre elles, c’est-à-dire d’agir comme si, par hypothèse, l’uniformité “idéale” était déjà réalisée, et de contraindre ainsi tous les hommes à s’ajuster, si l’on peut dire, à une même mesure “moyenne”. »

— René Guénon, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps (1945), éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 2015 (ISBN 9782070149414), p. 154-155


« [...] le terme réel de la tendance qui entraîne les hommes et les choses vers la quantité pure ne peut être que la dissolution finale du monde actuel. »

— René Guénon, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps (1945), éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 2015 (ISBN 9782070149414), p. 122


« [...] non seulement on “estime” un objet d’après son prix, mais aussi un homme d’après sa richesse [...]. »

— René Guénon, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps (1945), éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 2015 (ISBN 9782070149414), p. 121


« [...] l’exemple de la monnaie montre bien que cette “profanisation”, s’il est permis d’employer un tel néologisme, s’opère principalement par la réduction des choses à leur seul aspect quantitatif [...]. »

— René Guénon, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps (1945), éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 2015 (ISBN 9782070149414), p. 119


« [...] la “science”, considérée, à la façon moderne, comme essentiellement solidaire de l’industrie, sinon même confondue plus ou moins complètement avec celle-ci [...]. »

— René Guénon, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps (1945), éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 2015 (ISBN 9782070149414), p. 115


« [...] l’homme le plus ignorant de toute philosophie, est au contraire le plus empressé à se proclamer tel, en même temps qu’il se pare fièrement du titre plutôt ironique de “libre-penseur”, alors qu’il n’est en réalité que l’esclave de tous les préjugés courants de son époque. »

— René Guénon, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps (1945), éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 2015 (ISBN 9782070149414), p. 109


« [...] rationalisme et individualisme sont donc si étroitement solidaires que, en fait, ils se confondent le plus souvent [...]. »

— René Guénon, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps (1945), éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 2015 (ISBN 9782070149414), p. 100


« [...] l’immense majorité des hommes actuels célèbrent [la civilisation moderne] comme un “progrès”, c’est là précisément ce qui nous apparaît tout au contraire comme une profonde déchéance, car ce ne sont manifestement que les effets du mouvement de chute, sans cesse accéléré, qui entraîne l’humanité moderne vers les “bas-fonds” où règne la quantité pure. »

— René Guénon, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps (1945), éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 2015 (ISBN 9782070149414), p. 71


« [...] l’industrie moderne représente, à tous égards, le triomphe de la quantité [...]. »

— René Guénon, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps (1945), éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 2015 (ISBN 9782070149414), p. 63


« L’Occidental moderne ne se contente d’ailleurs pas d’imposer chez lui un tel genre d’éducation ; il veut aussi l’imposer aux autres, avec tout l’ensemble de ses habitudes mentales et corporelles, afin d’uniformiser le monde entier dont, en même temps, il uniformise aussi jusqu’à l’aspect extérieur par la diffusion des produits de son industrie. »

— René Guénon, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps (1945), éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 2015 (ISBN 9782070149414), p. 62


« [...] la domination occidentale elle-même n’est encore qu’une expression du “règne de la quantité”. »

— René Guénon, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps (1945), éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 2015 (ISBN 9782070149414), p. 18


« [...] dans la mesure où un homme s’“occidentalise”, quels que soient sa race et son pays, il cesse par là même d’être un Oriental spirituellement et intellectuellement [...]. »

— René Guénon, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps (1945), éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 2015 (ISBN 9782070149414), p. 17


« [...] si nos contemporains, dans leur ensemble, pouvaient voir ce qui les dirige et vers quoi ils tendent réellement, le monde moderne cesserait aussitôt d’exister comme tel car le “redressement” auquel nous avons souvent fait allusion ne pourrait manquer de s’opérer par là même [...]. »

— René Guénon, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps (1945), éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 2015 (ISBN 9782070149414), p. 14


« C’est ainsi que, si le monde moderne, considéré en lui-même, constitue une anomalie et même une sorte de monstruosité, il n’en est pas moins vrai que, situé dans l’ensemble du cycle historique dont il fait partie, il correspond exactement aux conditions d’une certaine phase de ce cycle, celle que la tradition hindoue désigne comme la période extrême du Kali-Yuga [...]. »

— René Guénon, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps (1945), éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 2015 (ISBN 9782070149414), p. 11-12


« [...] à partir de Philippe le Bel précisément, les rois de France s’entourent presque constamment de bourgeois, surtout ceux qui, comme Louis XI et Louis XIV, ont poussé le plus loin le travail de “centralisation” dont la bourgeoisie devait du reste recueillir ensuite le bénéfice lorsqu’elle s’empara du pouvoir par la Révolution. »

— René Guénon, Autorité spirituelle et pouvoir temporel (1929), éd. Éditions Traditionnelles, 1984, p. 86


« Ceux qui seraient tentés de céder au découragement doivent penser que rien de ce qui est accompli dans cet ordre ne peut jamais être perdu, que le désordre, l’erreur et l’obscurité ne peuvent l’emporter qu’en apparence et d’une façon toute momentanée, que tous les déséquilibres partiels et transitoires doivent nécessairement concourir au grand équilibre total, et que rien ne saurait prévaloir finalement contre la puissance de la vérité ; leur devise doit être celle qu’avaient adoptée autrefois certaines organisations initiatiques de l’Occident : Vincit omnia Veritas. »

— René Guénon, La Crise du monde moderne (1927), éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 1986 (ISBN 9782070230051), p. 134


« [...] si tous les hommes comprenaient ce qu’est vraiment le monde moderne, celui-ci cesserait aussitôt d’exister [...]. »

— René Guénon, La Crise du monde moderne (1927), éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 1986 (ISBN 9782070230051), p. 125


« L’envahissement occidental, c’est l’envahissement du matérialisme sous toutes ses formes, et ce ne peut être que cela ; tous les déguisements plus ou moins hypocrites, tous les prétextes “moralistes”, toutes les déclamations “humanitaires”, toutes les habiletés d’une propagande qui sait à l’occasion se faire insinuante pour mieux atteindre son but de destruction, ne peuvent rien contre cette vérité, qui ne saurait être contestée que par des naïfs ou par ceux qui ont un intérêt quelconque à cette œuvre vraiment “satanique”, au sens le plus rigoureux du mot. »

— René Guénon, La Crise du monde moderne (1927), éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 1986 (ISBN 9782070230051), p. 116


« [...] tout “nationalisme” est nécessairement opposé à l’esprit traditionnel [...]. »

— René Guénon, La Crise du monde moderne (1927), éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 1986 (ISBN 9782070230051), p. 114


« Le désordre moderne [...] a pris naissance en Occident, et, jusqu’à ces dernières années, il y était toujours demeuré strictement localisé ; mais maintenant il se produit un fait dont la gravité ne doit pas être dissimulée : c’est que ce désordre s’étend partout et semble gagner jusqu’à l’Orient. »

— René Guénon, La Crise du monde moderne (1927), éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 1986 (ISBN 9782070230051), p. 113


« Est-il vrai que les hommes soient plus heureux aujourd’hui qu’autrefois, parce qu’ils disposent de moyens de communication plus rapides ou d’autres choses de ce genre, parce qu’ils ont une vie plus agitée et plus compliquée ? »

— René Guénon, La Crise du monde moderne (1927), éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 1986 (ISBN 9782070230051), p. 108


« Si l’on définit la “démocratie” comme le gouvernement du peuple par lui-même, c’est là une véritable impossibilité, une chose qui ne peut pas même avoir une simple existence de fait, pas plus à notre époque qu’à n’importe quelle autre ; il ne faut pas se laisser duper par les mots, et il est contradictoire d’admettre que les mêmes hommes puissent être à la fois gouvernants et gouvernés [...] ; mais la grande habileté des dirigeants, dans le monde moderne, est de faire croire au peuple qu’il se gouverne lui-même ; et le peuple se laisse persuader d’autant plus volontiers qu’il en est flatté et que, d’ailleurs il est incapable de réfléchir assez pour voir ce qu’il y a là d’impossible. C’est pour créer cette illusion qu’on a inventé le “suffrage universel” : c’est l’opinion de la majorité qui est supposée faire la loi ; mais ce dont on ne s’aperçoit pas, c’est que l’opinion est quelque chose que l’on peut très facilement diriger et modifier ; [...] c’est seulement dans ces conditions, en effet, que les politiciens en question peuvent apparaître comme l’émanation de la majorité, étant ainsi à son image, car la majorité, sur n’importe quel sujet qu’elle soit appelée à donner son opinion, est toujours constituée par les incompétents, dont le nombre est incomparablement plus grand que celui des hommes capables de se prononcer en parfaite connaissance de cause.

Ceci nous amène immédiatement à dire en quoi l’idée que la majorité doit faire la loi est essentiellement erronée, car, même si cette idée, par la force des choses, est surtout théorique et ne peut correspondre à une réalité effective, il reste pourtant à expliquer comment elle a pu s’implanter dans l’esprit moderne, quelles sont les tendances de celui-ci auxquelles elle correspond et qu’elle satisfait au moins en apparence. Le défaut le plus visible, c’est celui-là même que nous indiquions à l’instant : l’avis de la majorité ne peut être que l’expression de l’incompétence, que celle-ci résulte d’ailleurs du manque d’intelligence ou de l’ignorance pure et simple ; on pourrait faire intervenir à ce propos certaines observations de “psychologie collective”, et rappeler notamment ce fait assez connu que, dans une foule, l’ensemble des réactions mentales qui se produisent entre les individus composants aboutit à la formation d’une sorte de résultante qui est, non pas même au niveau de la moyenne, mais à celui des éléments les plus inférieurs. »

— René Guénon, La Crise du monde moderne (1927), éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 1986 (ISBN 9782070230051), p. 88-89


« Qui dit individualisme dit nécessairement refus d’admettre une autorité supérieure à l’individu, aussi bien qu’une faculté de connaissance supérieure à la raison individuelle ; les deux choses sont inséparables l’une de l’autre. Par conséquent, l’esprit moderne devait rejeter toute autorité spirituelle au vrai sens du mot, prenant sa source dans l’ordre supra-humain, et toute organisation traditionnelle, qui se base essentiellement sur une autorité, quelle que soit la forme qu’elle revêt, forme qui diffère naturellement suivant les civilisations. »

— René Guénon, La Crise du monde moderne (1927), éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 1986 (ISBN 9782070230051), p. 74


« [...] il semble même que, pour les philosophes, il s’agisse de poser des “problèmes”, fussent-ils artificiels et illusoires, bien plus que de les résoudre, ce qui est un des aspects du besoin désordonné de la recherche pour elle-même, c’est-à-dire de l’agitation la plus vaine dans l’ordre mental, aussi bien que dans l’ordre corporel. Il s’agit aussi, pour ces mêmes philosophes, d’attacher leur nom à un “système”, c’est-à-dire à un ensemble de théories strictement borné et délimité, et qui soit bien à eux, qui ne soit rien d’autre que leur œuvre propre ; de là le désir d’être original à tout prix, même si la vérité doit être sacrifiée à cette originalité : mieux vaut, pour la renommée d’un philosophe, inventer une erreur nouvelle que de redire une vérité qui a déjà été exprimée par d’autres. Cette forme de l’individualisme, à laquelle on doit tant de "systèmes" contradictoires entre eux, quand ils ne le sont pas en eux-mêmes, se rencontre d’ailleurs tout aussi bien chez les savants et les artistes modernes ; mais c’est peut-être chez les philosophes qu’on peut voir le plus nettement l’anarchie intellectuelle qui en est l’inévitable conséquence. »

— René Guénon, La Crise du monde moderne (1927), éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 1986 (ISBN 9782070230051), p. 69


« Ce que nous entendons par “individualisme”, c’est la négation de tout principe supérieur à l’individualité, et, par suite, la réduction de la civilisation, dans tous les domaines, aux seuls éléments purement humains [...]. »

— René Guénon, La Crise du monde moderne (1927), éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 1986 (ISBN 9782070230051), p. 68


« Nous pensons d’ailleurs qu’une tradition occidentale, si elle parvenait à se reconstituer, prendrait forcément une forme extérieure religieuse, au sens le plus strict de ce mot, et que cette forme ne pourrait être que chrétienne, car, d’une part, les autres formes possibles sont depuis trop longtemps étrangères à la mentalité occidentale, et, d’autre part, c’est dans le Christianisme seul, disons plus précisément encore dans le Catholicisme, que se trouvent, en Occident, les restes d’esprit traditionnel qui survivent encore. Toute tentative traditionaliste qui ne tient pas compte de ce fait est inévitablement vouée à l’insuccès, parce qu’elle manque de base ; il est trop évident qu’on ne peut s’appuyer que sur ce qui existe d’une façon effective, et que, là où la continuité fait défaut, il ne peut y avoir que des reconstitutions artificielles et qui ne sauraient être viables ; si l’on objecte que le Christianisme même, à notre époque, n’est plus guère compris vraiment et dans son sens profond, nous répondrons qu’il a du moins gardé, dans sa forme même, tout ce qui est nécessaire pour fournir la base dont il s’agit. »

— René Guénon, La Crise du monde moderne (1927), éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 1986 (ISBN 9782070230051), p. 36


« Nous sommes présentement dans le quatrième âge, le Kali-Yuga ou “âge sombre”, et nous y sommes, dit-on, depuis déjà plus de six mille ans, c’est-à-dire depuis une époque bien antérieure à toutes celles qui sont connues de l’histoire “classique”. [...]

Il semble bien qu’un arrêt à mi-chemin ne soit plus guère possible, et que, d’après toutes les indications fournies par les doctrines traditionnelles, nous soyons entrés vraiment dans la phase finale du Kali-Yuga, dans la période la plus sombre de cet “âge sombre”, dans cet état de dissolution dont il n’est plus possible de sortir que par un cataclysme, car ce n’est plus un simple redressement qui est alors nécessaire, mais une rénovation totale. Le désordre et la confusion règnent dans tous les domaines ; ils ont été portés à un point qui dépasse de loin tout ce qu’on avait vu précédemment, et, partis de l’Occident, ils menacent maintenait d’envahir le monde tout entier ; nous savons bien que leur triomphe ne peut jamais être qu’apparent et passager, mais à un tel degré, il paraît être le signe de la plus grave de toutes les crises que l’humanité ait traversées au cours de son cycle actuel. »

— René Guénon, La Crise du monde moderne (1927), éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 1986 (ISBN 9782070230051), p. 15-27


« La civilisation occidentale apparaît dans l’histoire comme une anomalie : parmi toutes celles qui nous sont connues plus ou moins complètement, cette civilisation est la seule qui se soit développée dans un sens purement matériel, et ce développement monstrueux, dont le début coïncide avec ce qu’on est convenu d’appeler la Renaissance a été accompagné, comme il devait l’être fatalement, d’une régression intellectuelle correspondante ; nous ne disons pas équivalente, car il s’agit de deux ordre de choses entre lesquels il ne saurait y avoir aucune commune mesure. Cette régression en est arrivée à un tel point que les Occidentaux d’aujourd’hui ne savent plus ce que peut-être l’intellectualité pure, qu’ils ne soupçonnent même pas que rien de tel puisse exister : de là leur dédain, non seulement pour les civilisations orientales, mais même pour le Moyen Age européen, dont l’esprit ne leur échappe guère moins complètement. »

— René Guénon, Orient et Occident (1924), éd. Guy Trédaniel, coll. « Éditions de la Maisnie », 1987, p. 19


« [...] prendre pour un “progrès intellectuel” ce qui n’est qu’un développement purement matériel, borné à l’ordre des sciences expérimentales [...], et surtout de leurs applications industrielles, c’est bien là la plus ridicule de toutes les illusions. [...] Quant au soi-disant “progrès moral”, c’est là affaire de sentiment, donc d’appréciation individuelle pure et simple ; [...] rien n’est moins tolérant en pratique que les gens qui éprouvent le besoin de prêcher la tolérance et la fraternité. »

— René Guénon, L’Erreur Spirite (1923), éd. Éditions Traditionnelles, 1952, p. 281-282


« On voit combien le “moralisme” spirite s’apparente étroitement à toutes les utopies socialistes et humanitaires : tous ces gens s’accordent à situer dans un avenir plus ou moins lointain le "paradis terrestre", c’est-à-dire la réalisation de leurs rêves de "pacifisme" et de "fraternité universelle" ; seulement, les spirites supposent en outre qu’ils sont déjà réalisés actuellement dans d’autres planètes. Il est à peine besoin de faire remarquer combien leur conception des "mondes supérieurs à la terre" est naïve et grossière ; il n’y a pas à s’en étonner, quand on a vu comment ils se représentent l’existence de l’“esprit désincarné” ; signalons seulement la prédominance évidente de l’élément sentimental dans ce qui constitue pour eux la “supériorité”. C’est pour la même raison qu’ils mettent le “progrès moral” au-dessus du “progrès intellectuel” [...]. »

— René Guénon, L’Erreur Spirite (1923), éd. Éditions Traditionnelles, 1952, p. 279


Bibliographie

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