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Citations

« Le capitalisme, avec son précurseur la science, est en vérité un aboutissement du christianisme ; l’Église, semblable à lui, n’est qu’une association d’intérêt et le “monon” d’une moralité dédivinisée signifie justement ce même Un du Moi ennemi de la vie, qui au nom de la divinité exclusive de l’Esprit a déclaré la guerre à l’infinie multitude des dieux d’ici-bas, en se couplant toutefois aujourd’hui à un prétention aveugle à l’universalité [...]. »

— Ludwig Klages, L’Homme et la terre (1913), trad. Christophe Lucchese, éd. R&N Éditions, 2016 (ISBN 9791096562053), p. 55-56


« Si le “progrès”, la “civilisation”, le “capitalisme” ne sont que des facettes d’un même volontarisme, alors nous pouvons bien rappeler que seuls les peuples de la chrétienté en sont les porteurs. Ce n’est qu’en leur sein que l’on accumula invention sur invention, que la science “exacte”, j’ai envie de dire conforme aux nombres, fleurit et que l’impérieux besoin d’expansion s’éveilla pour mettre à genoux les races non chrétiennes et exploiter la nature tout entière. C’est donc dans le christianisme que doivent résider les causes les plus immédiates du “progrès” à l’œuvre dans l’histoire universelle. »

— Ludwig Klages, L’Homme et la terre (1913), trad. Christophe Lucchese, éd. R&N Éditions, 2016 (ISBN 9791096562053), p. 54


« [...] les brillantes conquêtes de la physique et de la chimie ne servent que le capital ; il ne serait pas même difficile d’établir la même tendance dans les enseignements dominants. »

— Ludwig Klages, L’Homme et la terre (1913), trad. Christophe Lucchese, éd. R&N Éditions, 2016 (ISBN 9791096562053), p. 53


« La plupart des gens ne vivent pas, ils ne font qu’exister, s’usant comme esclaves du “travail” telles des machines au service de grandes usines, s’en remettant aveuglément au délire numérique des actions et des fondations comme esclaves de l’argent, pour finir comme esclaves des enivrantes distractions de la grande ville ; ils n’en ressentent pas moins sourdement la faillite et la morosité croissante. »

— Ludwig Klages, L’Homme et la terre (1913), trad. Christophe Lucchese, éd. R&N Éditions, 2016 (ISBN 9791096562053), p. 49


« Ainsi nous aurions là réunis les fruits du “progrès” ? Pareil à un feu dévorant, il déferla sur la Terre, et aussi longtemps qu’il reste des hommes sur les lieux rasés par les flammes, là plus rien ne pousse ! Les espèces végétale et animale exterminées ne se renouvellent pas, la secrète cordialité qui régnait parmi les hommes s’est tarie, ensevelie a été la source intérieure qui nourrissait les chants merveilleux et les fêtes sacrées, ne laissant qu’un jour froid et maussade, habillé du faux clinquant des bruyantes distractions. Aucun doute, nous sommes à l’ère du déclin de l’âme. »

— Ludwig Klages, L’Homme et la terre (1913), trad. Christophe Lucchese, éd. R&N Éditions, 2016 (ISBN 9791096562053), p. 47


« Que reste-t-il enfin de la chanson populaire, ce trésor ancien et toujours neuf, qui recèle en l’adoucissant sous son voile argenté toute la destinée de l’homme qui devient et passe ! Mariage et veillées des morts, vengeance, guerre et déclin, exubérance du buveur et goût de la promenade, hardiesse cavalière, sentiment de l’enfant et joie maternelle respiraient et affluaient dans d’inépuisables chansons, s’épanouissant tantôt en actes fougueux, tantôt s’assoupissant dans le sommeil de l’oubli. [...] Le “progrès” ne fait pas que ternir la vie, il la réduit également au silence. »

— Ludwig Klages, L’Homme et la terre (1913), trad. Christophe Lucchese, éd. R&N Éditions, 2016 (ISBN 9791096562053), p. 46-47


« Que reste-il des fêtes populaires et des coutumes sacrées, cette invincible source qui a inspiré mille ans, durant les mythes et la poésie : la ronde à cheval pour fructifier les semailles, le cortège suivant la mariée à la Pentecôte, la retraite aux flambeaux à travers les champs de blé ! Que reste-il de la déroutante richesse des traditions par lesquelles chaque peuple laisse s’exprimer son essence incorporée dans l’image du paysage ! »

— Ludwig Klages, L’Homme et la terre (1913), trad. Christophe Lucchese, éd. R&N Éditions, 2016 (ISBN 9791096562053), p. 45


« Une dévastatrice orgie à nulle autre égale a saisi l’humanité, la “civilisation” présente les traits d’une inaltérable soif de meurtre, et son souffle vénéneux dessèche la prodigalité de la Terre. Les voilà donc les fruits du “progrès” ! »

— Ludwig Klages, L’Homme et la terre (1913), trad. Christophe Lucchese, éd. R&N Éditions, 2016 (ISBN 9791096562053), p. 39-40