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Citationes

Le « grouillement des mal venus, des malades, des épuisés qui commencent à infester l’Europe [...]. »

— Friedrich Nietzsche, « Par-delà bien et mal » (1886), dans Œuvres philosophiques complètes, trad. Cornélius Heim, éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 2019 (ISBN 9782070279456), p. 240


« Il existe aujourd’hui, dans presque toute l’Europe, une sensibilité et une susceptibilité maladives à la souffrance en même temps qu’une odieuse intempérance dans la plainte, un amollissement douillet qui à l’aide de la religion et de je ne sais quel bric-à-brac philosophique voudrait se faire passer pour quelque chose de plus élevé, — il existe un véritable culte de la souffrance. Ce qui, à mon sens, saute toujours d’emblée aux yeux, c’est le manque de virilité de ce que ces cercles d’échauffé baptisent du nom de “compassion”. — Il faut proscrire avec la dernière rigueur cette forme récente du mauvais goût [...]. »

— Friedrich Nietzsche, « Par-delà bien et mal » (1886), dans Œuvres philosophiques complètes, trad. Cornélius Heim, éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 2019 (ISBN 9782070279456), p. 206


« [...] la noblesse européenne — noblesse du sentiment, du goût, des mœurs, bref la noblesse à tous les sens élevés du mot — est l’œuvre et l’invention de la France ; la vulgarité européenne, la bassesse plébéienne des idées modernes est l’œuvre de l’Angleterre. »

— Friedrich Nietzsche, « Par-delà bien et mal » (1886), dans Œuvres philosophiques complètes, trad. Cornélius Heim, éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 2019 (ISBN 9782070279456), p. 174


« Qu’on nomme “civilisation” ou “humanisation” ou “progrès” ce que l’on tient maintenant pour la marque distinctive des Européens ; que, recourant à un terme politique qui n’implique ni louange ni blâme, on nomme simplement cette évolution le mouvement démocratique de l’Europe, on voit se dérouler, derrière les phénomènes moraux et politiques exprimés par ces formules, un immense processus physiologique qui ne cesse de gagner en ampleur : les Européens se ressemblent toujours davantage, ils s’émancipent toujours plus des conditions qui font naître des races liées au climat et aux classes sociales, ils s’affranchissent dans une mesure accrue de tout milieu déterminé, générateur de besoins identiques, pour l’âme et le corps, durant le cours des siècles ; ils donnent naissance peu à peu à un type d’humanité essentiellement supranationale et nomade qui, pour employer un terme de physiologie, possède au plus haut degré et comme un trait distinctif le don et le pouvoir de s’adapter. Ce processus d’européanisation, dont le rythme sera peut-être ralenti par d’importantes régressions, mais qui de ce fait même croîtra peut-être en violence et en profondeur — les furieuses poussées de “sentiment nationale” qui sévissent encore font partie de ces régressions, de même que la montée de l’anarchisme —, ce processus aboutira vraisemblablement à des résultats que ses naïfs promoteurs et ses thuriféraires, les apôtres des “idées modernes”, étaient très loin d’escompter. Les conditions nouvelles qui entraîneront en gros l’apparition d’hommes tout pareils et pareillement médiocres — hommes grégaires utiles, laborieux, diversement utilisables et adroits — sont éminemment propres à donner naissance à des hommes d’exception du genre le plus dangereux et le plus séduisant. En effe, alors que ce pouvoir d’adaptation qui affronte des circonstances sans cesse changeantes et se remet à l’oeuvre à chaque génération, presque tous les dix ans, ne permet pas au type humain de s’affirmer avec force ; alors que ces Européens à venir offriront probablement dans l’ensemble l’apparence d’ouvriers bons à tout, bavards, faibles de volonté et utilisables à toutes fins, qui ont besoin d’un maître, d’un chef autant que de leur pain quotidien ; bref, alors que la démocratisation de l’Europe engendrera un type d’hommes préparés à l’esclavage au sens le plus raffiné du mot, l’homme fort, qui représente le cas isolé et exceptionnel, devra pour ne pas avorter être plus fort et mieux doué qu’il ne l’a peut-être jamais été, et ceci grâce à une éducation sans préjugés, grâce à la prodigieuse diversité de son expérience, de ses talents, et de ses masques. Je veux dire : que la démocratisation de l’Europe est en même temps, et sans qu’on le veuille, une école des tyrans, ce mot étant pris dans toutes ses acceptions, y compris la plus spirituelle. »

— Friedrich Nietzsche, « Par-delà bien et mal » (1886), dans Œuvres philosophiques complètes, trad. Cornélius Heim, éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 2019 (ISBN 9782070279456), p. 161-162


« La femme veut s’émanciper, et pour cela elle a entrepris d’éclairer les hommes sur “la femme en soi” : c’est là un des pires aspects de l’enlaidissement général de l’Europe. »

— Friedrich Nietzsche, « Par-delà bien et mal » (1886), dans Œuvres philosophiques complètes, trad. Cornélius Heim, éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 2019 (ISBN 9782070279456), p. 151


« Comme le cavalier sur une monture qui s’emballe, nous lâchons les rênes devant l’infini, nous autres modernes, nous autres semi-barbares, et nous ne goûtons notre béatitude qu’au moment où notre péril est à son comble. »

— Friedrich Nietzsche, « Par-delà bien et mal » (1886), dans Œuvres philosophiques complètes, trad. Cornélius Heim, éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 2019 (ISBN 9782070279456), p. 143


« Aimer ses ennemis ? Je crois que cet enseignement a été bien appris : de nos jours on l’applique de mille manières, en grand et en petit ; déjà même il se produit parfois quelque chose de plus haut et de plus sublime : nous apprenons à mépriser ce que nous aimons, surtout ce que nous aimons le mieux, mais tout cela inconsciemment, sans bruit, sans ostentation, avec cette pudeur et cette retenue de la bonté qui interdit de prononcer des paroles pompeuses et des formules vertueuses. Aujourd’hui la pose morale nous dégoûte. »

— Friedrich Nietzsche, « Par-delà bien et mal » (1886), dans Œuvres philosophiques complètes, trad. Cornélius Heim, éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 2019 (ISBN 9782070279456), p. 136


« [...] le plus grand sera celui qui saura être le plus solitaire, le plus impénétrable, le plus à l’écart, l’homme par-delà bien et mal, l’homme maître de ses vertus, en qui surabonde l’énergie du vouloir ; il nommera grandeur le pouvoir d’unir la totalité à la multiplicité, l’ampleur à la plénitude. Et, demandons-le encore une fois : la grandeur est-elle aujourd’hui possible ? »

— Friedrich Nietzsche, « Par-delà bien et mal » (1886), dans Œuvres philosophiques complètes, trad. Cornélius Heim, éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 2019 (ISBN 9782070279456), p. 133


« Peut-être ne faudra-t-il pas seulement des guerres aux Indes et des imbroglios en Asie pour délivrer l’Europe du plus grand danger qui la menace, mais des bouleversements intérieurs, l’éclatement de l’empire russe en une mosaïque de petits États et avant tout l’introduction de l’imbécilité parlementaire jointe à l’obligation pour chacun de lire son journal au petit-déjeuner. Ce n’est pas que je souhaite une pareille évolution, je souhaite plutôt le contraire, une telle aggravation de la menace russe qu’elle contraigne enfin l’Europe à devenir tout aussi menaçante, à se forger sa propre volonté, par le moyen d’une nouvelle caste régnant sur l’Europe, une volonté redoutable et à longue portée capable de se fixer des buts pour des millénaires. Ainsi l’Europe en finirait une bonne fois avec la comédie trop prolongé de sa division en petites États et de ses velléités divergentes, dynastiques ou démocratiques. Le temps de la petite politique est passé : le siècle prochain déjà apportera la lutte pour la domination universelle — l’obligation d’une grande politique. »

— Friedrich Nietzsche, « Par-delà bien et mal » (1886), dans Œuvres philosophiques complètes, trad. Cornélius Heim, éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 2019 (ISBN 9782070279456), p. 127


« La dégénérescence générale de l’humanité, son abaissement au niveau de ce que les rustres et les têtes plates du socialisme tiennent pour “l’homme futur”, — leur idéal ! — cette déchéance et ce rapetissement de l’homme transformé en bête de troupeau (l’homme, comme ils disent, de la “société libre”), cette bestialisation des hommes ravalés au rang de gnomes ayant tous les mêmes droits et les mêmes besoins, c’est là une chose possible, nous ne pouvons en douter ! Quiconque a pensé jusqu’au bout cette possibilité connaît un dégoût de plus que les autres hommes — et peut-être aussi une tâche nouvelle ! »

— Friedrich Nietzsche, « Par-delà bien et mal » (1886), dans Œuvres philosophiques complètes, trad. Cornélius Heim, éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 2019 (ISBN 9782070279456), p. 117


« [...] le mouvement démocratique est l’héritier du mouvement chrétien. »

— Friedrich Nietzsche, « Par-delà bien et mal » (1886), dans Œuvres philosophiques complètes, trad. Cornélius Heim, éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 2019 (ISBN 9782070279456), p. 115


« L’homme d’une époque de dissolution qui mélange toutes les races, l’homme qui recèle dans son corps l’héritage d’une ascendance composite, autrement dit des instincts et des jugements de valeur contradictoires, sinon plus, lesquels s’affrontent entre eux et le laissent rarement en repos, cet homme des civilisations tardives et de la clarté déclinante sera en gros un individu plutôt débile ; son vœu le plus profond sera de mettre fin une bonne fois à la guerre qu’il est lui-même ; son bonheur s’accordera à la médecine sédative qui est le fond de la pensée épicurienne ou chrétienne, par exemple, et lui apparaîtra comme un repos, un état de satiété que rien ne dérange, une réconciliation définitive comme le “sabbat des sabbats” du saint rhéteur Augustin, qui fut lui-même un homme de ce genre. »

— Friedrich Nietzsche, « Par-delà bien et mal » (1886), dans Œuvres philosophiques complètes, trad. Cornélius Heim, éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 2019 (ISBN 9782070279456), p. 111


« Les Juifs — peuple “né pour l’esclavage”, comme dit Tacite et avec lui toute l’Antiquité, peuple “élu parmi les nations”, comme ils le disent et le croient eux-mêmes — les Juifs ont réussi ce prodigieux renversement des valeurs qui, pour quelques millénaires, a donné à la vie terrestre un attrait nouveau et dangereux : leurs prophètes ont fondu en une seule notion celles de “riche”, “impie”, “méchant”, “violent”, “sensuel” et pour la première fois ont donné un sens infamant au mot “monde”. Ce renversement des valeurs (qui veut aussi que “pauvre” soit synonyme de “saint” et d’“ami”) fait toute l’importance du peuple juif : avec lui commence dans l’ordre moral la révolte des esclaves. »

— Friedrich Nietzsche, « Par-delà bien et mal » (1886), dans Œuvres philosophiques complètes, trad. Cornélius Heim, éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 2019 (ISBN 9782070279456), p. 108


« Ce qui est fait par amour s’accomplit toujours par-delà bien et mal. »

— Friedrich Nietzsche, « Par-delà bien et mal » (1886), dans Œuvres philosophiques complètes, trad. Cornélius Heim, éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 2019 (ISBN 9782070279456), p. 92


« [...] le bilan total montre que les religions existantes, les religions souveraines, ont contribué dans une large mesure à maintenir le type “homme” à un niveau inférieur, car elles ont conservé trop d’êtres qui devaient périr. [...] tandis qu’ils consolaient les affligés, réconfortaient les opprimés et les désespérés, soutenaient les débiles, offraient aux individus atteints dans leur santé mentale et aux furieux le refuge des cloîtres ou des asiles, que durent-ils faire au surplus, pour travailler par principe et avec bonne consciences à la conservation de tous les êtres malades et souffrants, c’est-à-dire, en fait et en vérité, à la détérioration de la race européenne ? »

— Friedrich Nietzsche, « Par-delà bien et mal » (1886), dans Œuvres philosophiques complètes, trad. Cornélius Heim, éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 2019 (ISBN 9782070279456), p. 77


« La foi chrétienne est essentiellement un sacrifice, sacrifice de toute liberté, de toute fierté, de toute confiance de l’esprit en soi-même ; elle est en même temps asservissement et dépréciation de soi-même, mutilation de soi-même. Il entre de la cruauté et du phénicisme religieux dans cette foi qui se propose à une conscience fatiguée, complexe et blasée ; elle implique que la soumission de l’esprit soit inexprimablement douloureuse, que tout le passé et les habitudes d’un tel esprit se rebellent contre le comble d’absurdité qui s’offre à lui sous le nom de “foi”. Les modernes, devenus insensibles à toute la terminologie chrétienne, ne ressentent plus la suprême horreur que comportait, pour le goût antique, le paradoxe du “Dieu sur la croix”. Jamais et nulle part on n’avait vu un retournement aussi prodigieux, jamais on n’avait rien conçu d’aussi effroyable et qui soulevait autant de problèmes : cette formule annonçait le renversement de toutes les valeurs antiques. C’est l’Orient, le profond Orient, c’est l’esclave orientale qui se vengeait ainsi de Rome et de sa tolérance aristocratique et frivole, de la romaine “catholicité” de la foi : en tout temps ce ne fut pas la foi, mais le détachement de la foi, cette insouciance mi-stoïque mi-souriante à l’endroit du sérieux de la foi qui indigna les esclaves et les dressa contre leurs maîtres. La philosophie “éclairée” indigne : l’esclave veut de l’absolu, il ne comprend que ce qui est tyrannique, en morale comme ailleurs, il aime comme il hait, profondément, jusqu’à la douleur, jusqu’à la maladie ; ses souffrances nombreuses et cachées se révoltent contre le goût aristocratique qui semble nier la souffrance. Le scepticisme à l’égard de la souffrance, simple attitude, au fond, de la morale aristocratique, n’a pas peu contribué à susciter la dernière grande révolte d’esclaves qui a commencé avec la révolution française. »

— Friedrich Nietzsche, « Par-delà bien et mal » (1886), dans Œuvres philosophiques complètes, trad. Cornélius Heim, éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 2019 (ISBN 9782070279456), p. 64-65


Ce « goût de l’“hospitalité”, péril par excellence des âmes nobles et riches qui sont prodigues et comme insoucieuses d’elles-mêmes et portent jusqu’au vice la vertu de générosité. On doit savoir se garder ; c’est la plus forte preuve d’indépendance. »

— Friedrich Nietzsche, « Par-delà bien et mal » (1886), dans Œuvres philosophiques complètes, trad. Cornélius Heim, éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 2019 (ISBN 9782070279456), p. 59


« Les livres pour tout le monde sentent toujours mauvais ; une odeur de petites gens s’élève de leurs pages. Là où le peuple mange et boit, même là où il adore, l’air s’empuantit. N’entrez pas dans les églises si vous voulez respirer un air pur.

— Friedrich Nietzsche, « Par-delà bien et mal » (1886), dans Œuvres philosophiques complètes, trad. Cornélius Heim, éd. Gallimard, coll. « La Nouvelle Revue française », 2019 (ISBN 9782070279456), p. 50


Bibliographia

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