Thucydide

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Citations

« Pour un individu qui exerce la tyrannie, comme pour un État qui possède un empire, il ne saurait y avoir de contradiction dans une politique, dès lors que celle-ci est avantageuse pour eux. La parenté ne compte pas, s’il n’y a pas d’autre garantie. Il faut selon les cas, savoir agir soit en ami soit en ennemi. Or notre intérêt dans ce pays n’est pas de faire du mal à nos amis, mais de mettre leur force à profit pour réduire nos ennemis à l’impuissance. »

— Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, trad. Denis Roussel, éd. Gallimard, coll. « Folio », 2009 (ISBN 9782070400683), p. 508


« On me dira que la démocratie est contraire à la raison et à l’équité et que ceux qui détiennent la richesse sont aussi les plus aptes à gouverner l’État. Je répondrai que le mot peuple (dèmos) désigne la totalité des citoyens et celui d’oligarchie une fraction seulement d’entre eux, que les riches sont peut-être les plus compétents en matière de finance, mais que ce sont les gens intelligents qui donnent les meilleurs conseils et la multitude qui, une fois informée, prend les meilleures décisions. Or en régime démocratique, ces trois catégories de citoyens sans distinction, chacune dans le rôle qui lui revient ou toutes ensemble, jouissent de droits égaux. Dans une oligarchie au contraire, la multitude est certes invitée à partager les risques, mais pour ce qui est des avantages, la classe dirigeante ne se contente pas de la meilleure part ; elle se les réserve en totalité. C’est le régime que voudraient instaurer les riches ainsi que la jeunesse, mais, dans une grande cité, c’est là un projet irréalisable. »

— Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, trad. Denis Roussel, éd. Gallimard, coll. « Folio », 2009 (ISBN 9782070400683), p. 479


« Eh bien il faut réfléchir à tout cela. N’acceptons pas que la cité soit mise en péril quand nous sommes encore loin du port et ne cherchons pas à conquérir un nouvel empire avant d’avoir consolidé celui qui existe. »

— Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, trad. Denis Roussel, éd. Gallimard, coll. « Folio », 2009 (ISBN 9782070400683), p. 456-457


« Je ne blâme pas les peuples qui ont des visées impérialistes, je blâme ceux qui se laissent trop facilement réduire à la condition de sujets. Il a toujours été dans la nature de l’homme d’étendre son pouvoir sur ce qui ne lui résiste pas, mais aussi de se mettre en garde contre ce qui le menace. »

— Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, trad. Denis Roussel, éd. Gallimard, coll. « Folio », 2009 (ISBN 9782070400683), p. 324


« Durant les sept jours que les soixante navires d’Eurymédon restèrent à Corcyre, les Corcyréens continuèrent à massacrer ceux de leurs concitoyens qu’ils considéraient comme des ennemis. Ils les accusaient de comploter contre la démocratie, mais certains furent en fait victimes d’inimitiés privées. Des créanciers furent ainsi abattus par leurs débiteurs. On vit tous les genres de mort possibles et la population se porta à tous les excès qu’on peut observer en pareille circonstance, et même au delà. Le père tuait son fils ; on arrachait les suppliants aux autels et on les massacrait à l’entrée des sanctuaires ; quelques-uns même furent murés dans le temple de Dionysos, où on les laissa mourir. [...]

Ainsi, de cité en cité, la guerre civile étendait ses ravages. Dans celles qui furent touchées les dernières, les factieux, instruits de ce qui s'était fait ailleurs, allèrent plus loin encore dans la voie des excès révolutionnaires, grâce à une technique perfectionnée de l’insurrection et à des méthodes de terreur inouïes. Les hommes en vinrent, pour qualifier les actes, à modifier arbitrairement le sens habituel des mots. L’audace insensée passa pour du courage et du dévoûment au parti, l’attentisme prudent, pour de la poltronnerie dissimulée sous des apparences honorables, et la modération, pour le masque de la lâcheté. »

— Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, trad. Denis Roussel, éd. Gallimard, coll. « Folio », 2009 (ISBN 9782070400683), p. 259-260


« [...] les cités sont mieux gouvernées par des gens ordinaires que par des hommes d’esprit plus subtils ? Ces derniers veulent toujours paraître plus intelligents que les lois. Ils tiennent à avoir le dernier mot chaque fois qu’un débat s’engage à l’Assemblée, car ils savent qu’ils ne trouveraient nulle part ailleurs l’occasion de montrer leur sagacité à propos de questions aussi importantes. Et voilà comment bien souvent ils causent la perte des cités. Les hommes ordinaires au contraire se défient de leurs capacités intellectuelles. Ils ne prétendent pas avoir plus de discernement que les lois. Moins habiles à critiquer l’argumentation d’un orateur éloquent, ils se laissent guider, quand ils jugent des affaires, par le sens commun et non par l’esprit de compétition. »

— Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, trad. Denis Roussel, éd. Gallimard, coll. « Folio », 2009 (ISBN 9782070400683), p. 228-229


« Il m’est souvent arrivé, en d’autres circonstances, de constater qu’une démocratie est incapable d’exercer son autorité sur d’autres peuples ? »

— Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, trad. Denis Roussel, éd. Gallimard, coll. « Folio », 2009 (ISBN 9782070400683), p. 228


« Nous ne devons pas leur être inférieurs. Combattons l’ennemi par tous les moyens et efforçons-nous de ne pas laisser à nos enfants un héritage amoindri. »

— Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, trad. Denis Roussel, éd. Gallimard, coll. « Folio », 2009 (ISBN 9782070400683), p. 128


« Au cours de ces années, les Athéniens consolidèrent leur empire, et acquirent une puissance militaire considérable. Les Lacédémoniens les voyaient faire sans réagir, sinon de façon épisodique. Ils se tinrent le plus souvent à l’écart des hostilités. Ils ne s’étaient du reste jamais montrés très empressés à faire la guerre, à moins d’y être forcés. D’autre part, ils étaient dans une certaine mesure retenus par des guerres qui éclataient chez eux. Cela dura jusqu’au moment où la volonté athénienne d’expansion devint manifeste et où les alliés de Sparte eux-mêmes se trouvèrent victimes des empiètements d’Athènes. Les Lacédémoniens estimèrent alors que la situation n’était plus tolérable et qu’il leur fallait agir avec toute l’énergie possible, afin d’abattre, s’ils le pouvaient, la puissance de cette cité. C’est ainsi qu’ils entrèrent en guerre. »

— Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, trad. Denis Roussel, éd. Gallimard, coll. « Folio », 2009 (ISBN 9782070400683), p. 107


« En ce qui concerne notre guerre, il est bien vrai que, de tout temps, quand les hommes se battent, ils s’imaginent être engagés dans la plus grande des guerres et que, une fois la paix revenue, ils préfèrent reporter leur admiration sur les guerres d’autrefois. »

— Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, trad. Denis Roussel, éd. Gallimard, coll. « Folio », 2009 (ISBN 9782070400683), p. 48


« D’autre part, tous les tyrans qui régnaient dans les cités grecques se souciaient uniquement de leurs intérêts particuliers et ne songeaient qu’à mieux asseoir leur situation personnelle et à accroître leur maison. Aussi gouvernaient-ils avec une extrême prudence. Leur règne ne fut marqué par aucune entreprise notoire, sinon par des guerres faites aux cités voisines. »

— Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, trad. Denis Roussel, éd. Gallimard, coll. « Folio », 2009 (ISBN 9782070400683), p. 45